{"id":11356,"date":"2020-11-29T21:18:50","date_gmt":"2020-11-29T20:18:50","guid":{"rendered":"https:\/\/latraversiere.fr\/?p=11356"},"modified":"2022-11-11T10:12:35","modified_gmt":"2022-11-11T09:12:35","slug":"le-feuilleton-du-fifre-entretien-avec-sylvain-roux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/latraversiere.fr\/en\/webzine\/entretien\/le-feuilleton-du-fifre-entretien-avec-sylvain-roux\/","title":{"rendered":"Le feuilleton du fifre \u2013 Entretien avec Sylvain Roux"},"content":{"rendered":"

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Deux ans d\u00e9j\u00e0 que Sylvain sillonne la France pour nous faire d\u00e9couvrir l’histoire et les pratiques du fifre ! Pour ce dernier article de ce magnifique voyage et pour boucler la boucle, c’est au tour de Sylvain Roux de r\u00e9pondre aux questions de Jean-Michel Lhubac. Nous profitons de ce dernier article pour remercier chaleureusement Sylvain pour sa contribution \u00e0 l’association et pour tous ses articles enrichissants !<\/strong><\/p>\n

1\/ J’ai des souvenirs tr\u00e8s forts de l\u2019\u00e9poque de ton groupe La Rafale, qui pr\u00e9figurait d\u00e9j\u00e0 de ton inventivit\u00e9, peux-tu en dire deux mots, comment \u00e7a s’est cr\u00e9\u00e9, le recrutement des musiciens, la d\u00e9marche, ce que vous avez produit ?<\/strong><\/span><\/p>\n

La Rafale, initialement intitul\u00e9e La Rafale ethnologique, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par Christian Vieussens(1)<\/sup>, au tout d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 ; au d\u00e9part, c\u2019est une formation qui m\u00e9langeait saxophones, vielle \u00e0 roue, cornemuse, accord\u00e9on, percussions\u2026 J\u2019y suis entr\u00e9, en 1985, suite \u00e0 une modification importante de la composition du groupe. Christian Vieussens s\u2019est alors recentr\u00e9 sur la pratique du fifre, en s\u2019appuyant sur ses recherches men\u00e9es en sud-Gironde et a demand\u00e9 au facteur, et musicien, Alain Cadeillan(2)<\/sup>, dit Kachtoun, de mettre au point un fifre, en prenant, notamment, comme mod\u00e8le, les fifres anciens retrouv\u00e9s dans cette r\u00e9gion. Dans ce collectif, on trouvait des musiciens provenant de divers horizons musicaux: Michel Le Meur, Michel Macias, Alain Cadeillan, Jacky Gratecap, Michel Dedieu, Philippe Langel, Hubert Turjman, Philippe Bayle, Charly Berna, Jean-Pierre Bertin… ; on faisait essentiellement de la musique de rues et des bals. La particularit\u00e9 de nos bals, c\u2019\u00e9tait le contenu, on passait d\u2019un rondeau \u00e0 un paso-doble, d\u2019une valse musette \u00e0 une biguine, c\u2019\u00e9tait tr\u00e8s vari\u00e9 au niveau du r\u00e9pertoire et les instruments traditionnels (fifre, vielle, cornemuse) \u00e9taient accompagn\u00e9s par l\u2019accord\u00e9on chromatique, ou diatonique, la guitare et la basse \u00e9lectriques, la batterie et les percussions, on pouvait \u00eatre une dizaine sur sc\u00e8ne! C\u00f4t\u00e9 production, on a enregistr\u00e9, en 1989, \u00ab Charivari \u00bb, une cassette sur les musiques et danses traditionnelles du P\u00e9rigord, suite \u00e0 une commande du Comit\u00e9 P\u00e9rigord de la langue occitane. J\u2019ai quitt\u00e9 La Rafale en 1990 et, plus tard, suite \u00e0 d\u2019autres d\u00e9parts de musiciens, Christian Vieussens a revu sa copie et a cr\u00e9\u00e9 sa propre compagnie avec de nouveaux partenaires de jeu.<\/p>\n

2\/ D’o\u00f9 vient ton go\u00fbt vers les territoires inexplor\u00e9s du fifre (et de ta musique en g\u00e9n\u00e9ral) ? Meeting in Extremis, par exemple ?<\/strong><\/span><\/p>\n

Je pense que cette curiosit\u00e9 me vient de ma formation \u00e9clectique ; tout gamin, dans les ann\u00e9es 1960, j\u2019ai grandi dans un milieu musical, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 chanter \u00e0 la chorale paroissiale avec mes fr\u00e8res et s\u0153urs, on \u00e9tait sept ! Mes deux fr\u00e8res faisant de la trompette, ils ont essay\u00e9 de me l\u2019apprendre, en vain. Je me suis \u00e9puis\u00e9 \u00e0 souffler dans le vieux cornet \u00e0 pistons de mon grand-oncle, je n\u2019ai pas pers\u00e9v\u00e9r\u00e9… Ensuite, il y a eu la fl\u00fbte \u00e0 bec, au coll\u00e8ge, je dois faire partie des rares coll\u00e9giens, en France, qui ont appr\u00e9ci\u00e9 cet instrument, j\u2019en ai fait pendant des ann\u00e9es, j\u2019ai jou\u00e9 de la musique m\u00e9di\u00e9vale, Renaissance et baroque. J\u2019ai fait aussi un passage \u00e0 la fanfare du Tr\u00e8fle Gardonnais pour apprendre \u00e0 jouer de la caisse claire, le rythme m\u2019attirait beaucoup depuis tout petit.
\nPuis, en 1980, il y a eu la fl\u00fbte traversi\u00e8re, au Conservatoire de Bergerac, l\u2019orchestre d\u2019harmonie de cette m\u00eame ville, l\u2019apprentissage de la chabrette et la d\u00e9couverte des musiques traditionnelles du P\u00e9rigord avec, notamment, Thierry Boisvert.
\nEn 1981, j\u2019ai fait mon service national, en tant que fl\u00fbtiste, dans la Musique Divisionnaire du 602\u00e8me<\/sup> RCR, \u00e0 Dijon ; c\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai appris \u00e0 jouer du piccolo, et du piccolo au fifre, il n\u2019y a qu\u2019un pas que j\u2019ai franchi all\u00e8grement !
\nEn 1990, lorsque j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 jouer avec la Compagnie Bernard Lubat, \u00e0 Uzeste, j\u2019ai entam\u00e9 un travail fondamental autour de l\u2019improvisation qui a boulevers\u00e9 mon rapport \u00e0 la musique ; sans conteste, cette d\u00e9marche a profond\u00e9ment ouvert et enrichi mon propos musical, \u00e7a m\u2019a permis aussi de pr\u00e9ciser et affiner ma d\u00e9marche artistique.
\nTu \u00e9voques Meeting in Extremis, ce n\u2019est donc pas un hasard, si j\u2019ai rencontr\u00e9, en 2005, la joueuse de koto, Mieko Miyazaki, au Festival d\u2019Uzeste(3)<\/sup> ; quelque temps apr\u00e8s, nous avons cr\u00e9\u00e9 ce duo qui a d\u00e9but\u00e9 ce long travail que je poursuis, encore aujourd\u2019hui, avec le trio Tokyo sur Dordogne, en compagnie de Fumie Hihara (koto, chant) et Masako Ishimura (fl\u00fbtes), et qui consiste en une rencontre inattendue et originale entre le Japon et l\u2019Occitanie.
\nJe pr\u00e9ciserais aussi que tout le travail que j\u2019ai fait, pendant quelques ann\u00e9es, dans la pratique de la danse contact-improvisation, avec Gilles Estran, et \u00e9galement avec le collectif Les Impr\u00e9visibles (Chris Martineau, Julie L\u00e4derach, Julie Oosthoek…), \u00e0 Bordeaux, sur la relation mouvement-son, m\u2019a permis d\u2019\u00e9largir ma perception de la musique et d\u2019approfondir le lien fondamental entre le corps et l\u2019instrument.
\nJe n\u2019oublie pas non plus les dix ans de th\u00e9\u00e2tre burlesque musical, avec mon comp\u00e8re tambour, J\u00e9r\u00f4me Martin, qui m\u2019ont amen\u00e9 vers le travail tr\u00e8s int\u00e9ressant et riche du clown, ou comment faire rire quand on est un joueur de fifre tr\u00e8s s\u00e9rieux ?!!!
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