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Le feuilleton du fifre – Entretien avec Xavier Vidal

lundi 18 février 2019 | Dossiers

Dans ce nouvel épisode du « Feuilleton du fifre », Sylvain Roux s’entretient avec Xavier Vidal. Ensemble, ils reviennent sur l’histoire du fifre dans le Lot.

1/ Tu es un musicien multi-instrumentiste, quelle est la raison qui t’a poussé à apprendre à jouer du fifre ? A quelle époque et dans quelles circonstances ?

Je suis venu au fifre en même temps que d’autres instruments que j’ai commencé à fabriquer en roseau. J’ai commencé à rencontrer des joueurs de fifre revivalistes comme Jean Pierre Lafitte et Franck Ferrero. Après, ce qui m’a poussé vers le fifre en bois (ébène ou buis) c’est que j’ai eu l’occasion d’aller à Bazas pour les Bœufs-gras , et aussi à Pézenas, ou dans d’autres villes du Bas-Languedoc. La véritable motivation est venue, d’une part, de la découverte de pratiques de fifre dans les territoires où j’ai fait du collectage (Moissac, Bas- Quercy et Basse Vallée du Lot) et, d’autre part, ma rencontre avec le groupe La Rafale (Christian Vieussens et Sylvain Roux).

Fifre de Marmiesse Castelfranc Lot et fifre de Alexis Molinie Moissac T G
Fifre de Marmiesse Castelfranc Lot et fifre de Alexis Molinie Moissac T G

2/ Depuis de nombreuses années, tu es un collecteur invétéré et passionné, quelles sont les trouvailles (vieux musiciens, instruments, traces dans les Archives…) que tu as faites dans le Lot à propos du fifre ? 

Dans la publication Pifres, livre et cd, éditée en 2013, par l’association La Granja de Soulomès, nous avons rassemblé les contributions musicales ou les textes de quelques-uns des meilleurs spécialistes des régions proches du Lot , ayant travaillé sur ces pratiques du fifre. Cette publication rassemble des éléments d’enquêtes de terrain ou d’archives. Par exemple: -Le 1ièr janvier 1700 à Figeac : « Immédiatement après (le serment)…Le cortège officiel des consuls, précédés de violons et fifres, et suivi de la foule des habitants, se rendent triomphalement à l’hôtel de ville, pour s’occuper des affaires d’intérêt général… Les publications, au nom et de la part des consuls, se faisaient sur les places publiques, aux principaux carrefours…Par l’organe du sergent-trompette, que l’on a depuis remplacé par le tambour-afficheur »
J’ai aussi photographié des fifres anciens que possédaient des familles de descendants de fifraires (exemple la famille Marmiesse à Castelfranc).

3/ Tu as fait un travail approfondi sur les bateliers de Moissac, dans le Tarn et Garonne, qui jouaient du fifre, peux-tu nous raconter cette histoire originale ? 

Les fifres du Quercy
Les fifres du Quercy

C’est le rémouleur-violoneux, Benoit Caunes, qui nous a accompagnés dans sa ville natale et les alentours, afin de rencontrer des chanteurs, ou témoins, qui nous ont largement renseigné sur la pratique du fifre et du tambour, entre autre, pour les fêtes traditionnelles des marins pour la Pentecôte. Des informateurs possédaient, chez eux, des fifres anciens. L’usage de l’instrument avait disparu durant une période et était réapparu en 1953. Le commissaire de police Roger Bidalou avait recréé l’école de musique de Moissac et également la compagnie des fifres-marins afin de pouvoir animer les festivités de la ville. L’activité du groupe dura jusqu’en 1962. Aujourd’hui , les fifres et tambours ne jouent plus pour les fêtes de la Pentecôte à Moissac, remplacés par des groupes de cuivres et bandas. Toutefois, nous avons pu conserver le répertoire anciennement joué par les fifres. L’historien moissagais, Henri Ena, avait conservé les anciennes partitions des airs traditionnels de la fête. Par la suite, nous avons interprété ou enregistré ce répertoire, à plusieurs reprises. L’enquête sur Moissac a fait l’objet d’un article (Musique de tradition populaire au début du siècle à Moissac et dans les environs, revue Quercy recherche n°63, Cahors 1988).

4/ Le travail de transmission que tu as réalisé, en tant qu’enseignant, a t-il permis de relancer la pratique du fifre dans le Lot ?

En ce qui concerne la transmission, nous avons formé plusieurs fifraires au sein des écoles de musique du Lot (également dans des stages). Nous avons créé des dynamiques, à des époques, de bandes de fifres et tambours pour des fêtes en extérieur (Carnavals surtout). Aujourd’hui cette dynamique s’est un peu essoufflée et beaucoup de fifraires se sont d’avantage orientés vers la musique de scène, dans le bal en particulier.

5/ Tu es responsable de la formation DEM musiques traditionnelles au Conservatoire de Toulouse, en lien avec le Centre Occitan des Musiques et Danses traditionnelles, quel bilan tires-tu de ces années passées au sein de cette institution ? Comment vois-tu l’évolution du profil des étudiants dans cette discipline ?

Pour mon expérience de coordination du département des musiques traditionnelles CRR-COMDT, j’en tire un bilan positif . Personnellement, j’en ai retiré beaucoup de satisfaction au contact des étudiants. En venant dans ce projet, il m’a fallu apprendre un autre métier. Ce fût plus transversal que ce que j’avais connu avant dans le Lot, ou dans l’Aveyron, où j’avais surtout des enfants comme élèves et où on travaillait les « musiques locales ». A Toulouse, j’ai eu à faire à des étudiants adultes qui avaient déjà un parcours musical. L’étude et la pratique de trois aires culturelles au sein de ce département pédagogique (domaines occitan, arabo andalou-oriental, et flamenco) m’a apporté une certaine ouverture et demandé un travail assez important d’adaptation .
Le bémol que j’apporterais est celui du moment de l’évaluation, soit à l’entrée dans la formation, soit à la sortie pour les étudiants qui présentent leur examen final pour l’obtention du DEM. J’ai toujours essayé d’inviter des jurys composés de musiciens en qui j’avais une certaine confiance, connaissant leur parcours et leur vie de musicien et de pédagogue. Ils se sont toujours montrés bienveillants et justes vis à vis des candidats. Toutefois, j’ai observé que l’évaluation n’était pas toujours juste, en observant ce que deviennent les musiciens passés par la formation. Certains diplômés ont des difficultés à développer un projet musical. A l’inverse, certains « recalés » se révèlent comme des musiciens importants pour la vie musicale. Ceci m’a amené à préciser des critères d’évaluation au travers d’une grille détaillée que j’ai présentée, en octobre de cette année, à Perpignan, pour l’Assemblée Générale de l’AEMDT. (voir le site de l’association : http://aemdt.fr/wp).

6/ Tu es un musicien ouvert à diverses pratiques musicales; quels sont tes projets en cours ou à venir ?

Actuellement, je prépare, des projets avec mes étudiants de Toulouse (Balajob/ concert auditorium Saint-Pierre des Cuisines/ Fête du Rondeau), un enregistrement de mon concert solo « Passatges » (hommage aux musiciens que j’ai collectés) et je poursuis mon travail avec les musiciens de mon association La Granja (par exemple ciné-concert avec Georges Petit, Bastien Fontanille et Guilhem Boucher) ou bal avec le groupe Remolin.

Xavier Vidal

Formé aux musiques populaires dès son enfance, auprès d’un ancien musicien de bal et au sein d’une fanfare – harmonie, Xavier Vidal participe, à l’âge du lycée, à l’activité du groupe de jazz-rock toulousain Potemkine. Il découvre les musiques traditionnelles occitanes au sein de la troupe des Ballets Occitans(1974). Il participe aux activités de recherche, de collectage, du Conservatoire Occitan de Toulouse (à partir de 1977) et effectue un travail de recherche ethnomusicologique dans la région. Installé dans le Lot à partir de 1983, il fonde l’Association pour les Musiques de Traditions Populaires en Quercy, qui entreprend un travail important de collecte des musiques populaires dans le département du Lot. En 1987, il participe à la création de départements pédagogiques dédiés à ces musiques dans le département du Tarn, de l’Aveyron et dans le Lot. Il participe à différentes expériences musicales, en essayant de mettre la culture traditionnelle en contact avec les expressions contemporaines. En 2005, il crée l’association La Granja à Soulomès (Lot) qui organise des actions de diffusion et de pédagogie. Depuis septembre 2011, il est en charge de la coordination et enseigne également au sein du département de musiques traditionnelles du CRR de Toulouse. Il participe à la formation de préparation au DE de musiques traditionnelles au sein de l’ISDAT.
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Sylvain Roux
Article proposé par Sylvain ROUX

Flûtiste de formation, Sylvain Roux pratique les musiques médiévale, Renaissance, baroque et classique de 1970 à 1980.
Titulaire du Diplôme d’Etat en musique traditionnelle, il est professeur au Conservatoire Municipal de Musique de Périgueux où il enseigne les musiques traditionnelles et improvisées ; il se spécialise aussi dans le Soundpainting avec Walter Thompson, François Jeanneau et Etienne Rolin. Il est également directeur artistique de L’insoliste, lieu de formation, de recherche et de diffusion autour des musiques traditionnelles et improvisées qu’il crée, en 2006, en Dordogne.

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