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Traversières Magazine N°158

10,00€

En stock

ÉDITORIAL

DOSSIER

Anthony Girard, l’art de suspendre le temps

PORTRAIT

Seiya Ueno – Un souffle Japonais, un cœur Parisien

ENCART CENTRAL

Programme du Festival Flutissimo 2027

ÉVÉNEMENT

Les Huitièmes Journées de la Flûte dans le Tarn

PÉDAGOGIE

Olivier Ombredane, au-delà de la partition

KIOSQUE

OFFRES SPÉCIALES

Chers adhérents,
Nous espérons que l’été a été propice pour chacun d’entre vous. Il nous a permis, soit de
nous ressourcer lors de vacances estivales bien méritées ou de virevolter d’un concert à
l’autre, d’un Festival à l’autre, d’une Académie à une autre, en tant qu’artiste musicien,
professeur, étudiant, stagiaire ou tout simplement spectateur. Ces moments de partage
artistiques et humains nous sont essentiels à l’entretien de notre passion musicale.
En cette rentrée culturelle, nous vous proposons de répondre à la question suivante :
Et vous, quelle culture consommez-vous ?
La question mérite peut-être d’être posée autrement : qu’attendons-nous réellement
d’une expérience culturelle ? Car derrière le mot culture se cachent des pratiques, des
envies et des comportements très différents. Certains recherchent le silence d’une salle,
la beauté d’une œuvre, la concentration et la réflexion. D’autres veulent au contraire
ressentir, danser, chanter et se laisser porter par l’énergie de la foule. Pour certains
encore, un spectacle vaut autant par les rencontres qu’il permet que par ce qui se joue
sur scène. Enfin, notre rapport à la culture passe désormais par les écrans, les réseaux
sociaux et les contenus que nous découvrons et partageons en permanence. Quatre
façons, finalement, de vivre la culture : contempler, ressentir, rencontrer, faire circuler.
Quand la culture demande de s’arrêter
Il existe d’abord une culture qui invite à ralentir. On entre dans une salle, on prend place,
les lumières s’éteignent. Pendant un temps donné, quelque chose se passe devant nous
et notre rôle consiste à regarder, écouter, comprendre.
C’est la logique du théâtre, de l’opéra, de la danse ou des arts classiques. L’Auditorium
de Radio-France ou le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence en sont des exemples
emblématiques. Le spectateur se met en retrait et met le reste du monde entre
parenthèse pour laisser toute sa place à l’œuvre et s’y consacrer. Cette conception
repose sur une idée ancienne : une œuvre est là pour nous apporter quelque chose.
Une émotion, bien sûr, mais aussi des connaissances, des interrogations, une ouverture
sur le monde. La culture serait alors une expérience qui nous transforme en nous faisant
prendre de la hauteur.
Quand la culture se vit dans le corps
Mais il existe une autre manière de vivre un événement culturel : ne plus chercher cette
distance, mais au contraire se laisser emporter et gagner par l’instant. Un concert, un
festival, plusieurs dizaines de milliers de personnes. La musique est forte, les voix se
mêlent. On ne vient plus seulement écouter un artiste : on vient partager une émotion.
Dans les festivals de musique actuelle, la culture passe largement par le corps. Chanter,
sauter, danser : ces manifestations ne sont pas périphériques au spectacle, elles en font
partie. Ce qui compte, c’est ce que l’on ressent individuellement mais aussi l’énergie qui
circule dans le public. La culture devient alors une expérience de plaisir, d’énergie et
d’appartenance, capable de réunir une communauté le temps de quelques heures.
Quand le spectacle crée du lien
Il existe aussi une autre configuration, plus informelle et spontanée. Une rue transformée
en scène, une fanfare qui surgit sur une place, une troupe qui investit un quartier. Le
spectacle apparaît là où on ne l’attend pas forcément. Les gens s’arrêtent, regardent,
discutent, croisent leurs voisins, repartent puis reviennent.
Ici, l’œuvre n’est plus forcément le centre de l’expérience. On vient pour le spectacle,
mais aussi pour l’ambiance, pour retrouver des amis, flâner, découvrir un quartier
autrement ou simplement parce qu’il se passe quelque chose. La culture devient alors
un espace de sociabilité. Le spectacle donne une raison d’être ensemble.
Cette expérience remet également en cause une conception très verticale de la culture :
d’un côté ceux qui produisent, de l’autre ceux qui regardent. Le public n’est plus
simplement installé face à une scène : il peut participer, réagir, échanger… Les frontières
deviennent plus poreuses.
Quand la culture devient un flux
Le numérique a encore bouleversé la donne et modifié nos habitudes. Une expérience
culturelle peut désormais dépasser largement le lieu et le moment où elle se produit.
Une vidéo de concert apparaît sur un écran, on la partage, on la commente, on en extrait
quelques secondes. Des milliers de personnes qui n’étaient pas présentes vivent ainsi, à
leur manière, un fragment du spectacle. Il n’est plus nécessaire d’être là pour participer.
Notre manière de participer change elle aussi. Nous pouvons choisir ce que nous
souhaitons regarder, conserver une séquence, la recommander à nos proches ou réagir
à ce que nous découvrons. Chacun devient ainsi un peu plus actif dans la manière dont
les contenus culturels sont repérés et partagés.
La culture circule désormais d’un support à l’autre, d’une personne à l’autre, et parfois
bien au-delà de son public initial. Elle n’est plus nécessairement liée à un lieu précis ni à
un moment unique.
Ces quatre expériences ne s’excluent évidemment pas. Pendant longtemps, l’enjeu était
surtout de faire venir davantage de personnes vers l’offre culturelle existante : remplir les
salles, attirer de nouveaux spectateurs, leur faire découvrir les institutions et les œuvres.
Aujourd’hui, la culture échappe progressivement aux lieux qui avaient historiquement
pour mission de la produire, de la conserver et de la transmettre. Nous ne sommes plus
face à une culture unique, proposée par quelques institutions à des publics qu’il faudrait
convaincre. Nous sommes face à une multitude d’expériences culturelles, choisies,
partagées et parfois créées par des publics qui décident eux-mêmes de ce qu’ils veulent
vivre.
Cette réflexion nous a été inspirée par l’article de Fabrice Raffin, maître de conférences à
l’Université de Picardie Jules Verne et chercheur au laboratoire Habiter le Monde (UPJV),
Crise de la culture : la théorie des quatre régimes culturels pour sortir de la controverse,
publié en juillet 2026.
Ce nouveau numéro de Traversières Magazine vous invite justement à découvrir un
univers riche en rencontres, en musique et en découvertes.
Le dossier est consacré à Anthony Girard et à son approche singulière de l’art de
suspendre le temps. Il nous fait part de son amour pour notre instrument aux nombreuses
ressources sonores. Le portrait nous emmène ensuite à la rencontre de Seiya Ueno.
Révélé à seulement 19 ans lors du dernier Concours International Jean-Pierre Rampal, il
est très vite devenu un soliste recherché et un artiste prolifique.
Les événements mettent à l’honneur les Huitièmes Journées de la Flûte dans le Tarn
organisées par Florence Jaud.
Côté pédagogie, Olivier Ombredane nous propose de dépasser la simple lecture de la
partition pour aller plus loin dans l’interprétation. Comment réconcilier rigueur de la
partition et la liberté des musiques traditionnelles ?
L’encart central vient compléter ce numéro avec la présentation détaillée du prochain
événement organisé par La Traversière : le Flutissimo, qui se déroulera à Évian du 8 au
10 janvier 2027. Save the dates !
Enfin, comme habituellement, le kiosque rassemble une sélection de disques et de
partitions à découvrir.
Un numéro placé sous le signe du partage, de la créativité et de la passion !

Franck Masquelier – Président de La Traversière

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